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La zone euro va-t-elle s’élargir ? La crise financière a-t-elle ralenti le processus ?
La crise a provoqué une demande de la part des nouveaux Etats membres d’accélérer leur intégration à la zone euro. Ainsi, les Pays Baltes souhaitent entrer dans la zone euro le plus rapidement possible pour bénéficier d’une monnaie stable et de taux d’intérêt plus faibles. Cependant, la crise a largement contribué à augmenter leur dette publique, par des déficits budgétaires en forte augmentation et donc a diminué leur degré de conformité avec les critères de Maastricht. En effet, ces petits pays à degré d’ouverture très fort, ont été particulièrement touchés par le ralentissement économique mondial. Ils ont donc demandé un assouplissement des critères de convergence, ce qui a été refusé par les institutions européennes d’une seule et même voix.
Même les candidats à la zone euro bénéficient des effets statiques de préparation à l’entrée dans la zone, le respect des critères ne leur est temporairement plus possible, l’élargissement de l’eurozone est donc retardé pour le moment. Des inégalités de convergence ont de plus été crées entre ceux qui ont rejoint la zone euro juste avant la crise et ceux qui n’en faisaient pas encore partie, et qui ont connu une aggravation de leur situation financière d’autant plus importante.
Les entrées dans la zone euro dépendent d’une conjoncture meilleure, mais les élargissements de l’Union ?
Les adhésions de nouveaux Etats à l’Union Européenne semblent également retardées, à l’exception de la Croatie. Repousser l’adhésion de la Croatie n’est ni possible ni souhaitable, elle adhèrera probablement fin 2010 ou début 2011. Pour les autres, il y a retardement, notamment pour la Turquie. Le cas de la Turquie est de toute façon particulier, son adhésion est très controversée au niveau politique. Angela Merkel a récemment proposé un partenariat privilégié à la place d’une adhésion, ce qui a été refusé par les Turcs.
Reprenons le cas de la Grèce. L’intervention du FMI ne représente-t-elle pas une blessure non guérissable pour la zone euro ?
C’est vexant ! L’UE a perdu une grande partie de sa crédibilité dans la crise, d’abord en s’avérant incapable de respecter les règles qu’elle s’était elle-même fixé dans le Pacte de Stabilité et de Croissance, et ensuite en adoptant un plan de sauvetage retardé, controversé, et qui implique une intervention extérieure. Le fait que la crise grecque se soit aggravée après l’annonce du plan de sauvetage et qu’une crise bancaire y soit aujourd’hui d’actualité montre d’autant plus que l’UE n’avait pas les moyens de ses ambitions de sauvetage ou n’a pas voulu les mettre à profit : dans les deux cas, cette situation est particulièrement dommageable pour la crédibilité de l’Union. La variation du taux de change de l’euro par rapport au dollar en est une conséquence.
L’idée d’un Fond Monétaire Européen qui a été lancée était extrêmement intéressante, néanmoins, l’Union ne dispose de capacités monétaires suffisantes pour sauver plusieurs pays en crise.
J’ajouterais que la création du FME serait intervenue trop tardivement, puisque sa création nécessite la ratification d’un traité, donc un délai. Et étant donné que l’UE a mis 10 ans à ratifier le dernier traité, la création du FME serait sûrement intervenue un peu tard ! Il aurait fallu convaincre les Etats mitigés, la Commission, la BCE...
Un autre problème dans l’UE est que les décisions économiques sont prises par des hommes politiques. Si l’on en croit la théorie de l’Ecole des Choix Publiques de l’économiste Buchanan, les hommes politiques ne doivent pas prendre de telles décisions, puisqu’ils suivent avant tout un agenda politique : cela ira dans le sens d’un non renouvellement de mandas politiques, ce qui supposerait une meilleure gouvernance économique au niveau national.
Dans cette crise, l’Allemagne joue-t-elle le rôle de la voix de la raison ou montre-t-elle un comportement égoïste ?
L’égoïsme de l’Allemagne a été critiqué par Christine Lagarde : la croissance allemande bénéficie effectivement des déficits budgétaires des pays moins vertueux, aussi appelés « pays du Club Med » car leur moindre compétitivité, leur demande supérieure à leurs moyens et leurs politiques de relance lui permettent d’exporter. Le principal facteur de croissance allemand est en conséquence l’exportation (3/5 des contributeurs du PIB contre 1/3 seulement pour la France).
La principale question est : l’Allemagne en profite-t-elle vraiment, ou les autres Etats sont-ils juste jaloux de cette réussite ? La réponse est simple. L’Allemagne a procédé à bon nombre de réformes, au prix de plusieurs années d’austérité, que d’autres Etats Membres auraient dû mettre en place. Elle refuse de financer leur mauvaise gouvernance. Pour autant, cette forme de dumping social ne doit pas entamer un procédé de race to the bottom, une situation où tous les pays chercheraient à diminuer les coûts de production, en l’occurrence les salaires, pour être davantage compétitifs.
L’Allemagne refuse aussi d’envoyer des fonds à d’autres pays pour que ceux-ci se réforment. Une aide apportée à un autre pays est acceptable à partir du moment où cette aide est assortie d’une restructuration. Or financer la dette Grecque, et montrer qu’il existe un filet de sécurité en cas de crise, créerait un biais psychologique qui inciterait les Etats à mener une politique budgétaire expansionniste. Par ailleurs, les prêts bilatéraux sont interdits dans l’Union et ne pourraient passer que par l’intermédiaire de la Commission. En cela, on voit bien que les institutions européennes n’étaient absolument pas préparées à une telle éventualité.
La division entre Etats vertueux et Etats non-vertueux dans la zone euro s’effectue désormais entre Nord et Sud. On parle des « PIGS » pour désigner les Etats les moins vertueux : Portugal, Irlande, Grèce et Espagne, mais on pourrait aussi inclure la France et l’Italie dans cette catégorie des « mauvais élèves » de l’UE.
Quelle conclusion peut-on tirer des problèmes de gouvernance dans la zone euro ?
Les thèses fédéralistes ressurgissent depuis la crise, avec des conclusions liées à la zone euro : l’intégration économique européenne n’est pas suffisante pour l’ambition que nous en avons.
Avant la zone euro, le degré d’intégration était optimal. La troisième phase de l’Union Economique et Monétaire consiste à avancer plus en créant une zone monétaire. Il manque maintenant une intégration politique supérieure à celle que nous connaissons aujourd’hui, ce que l’économiste Fama considère le dernier degré d’intégration régionale que l’économiste Mundel recommande pour améliorer le degré d’optimalité d’une zone monétaire. Il faudrait centraliser et coordonner les politiques budgétaires nationales. Cette intégration politique ne doit cependant pas prendre la forme d’une harmonisation, les vertus de la concurrence fiscale entre états membres devant être maintenues.
Toute Union Fédérale respecte d’ailleurs ce principe, l’exemple le plus probant étant les Länder allemands : le pays a reproduit en quelque sorte le Pacte de Stabilité et de Croissance à l’échelle du pays, avec une multiplication des critères coercitifs mais sans harmoniser les politiques budgétaires. D’autres exemples en la matière sont plus probants encore : le maintien d’une concurrence fiscale exacerbée aux Etats-Unis et au Canada.

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