
Les Jeunes Européens – France ont organisé durant le Séminaire Européen de Paris 2012 « Youth, Participate ! » un grand débat sur « L’avenir de la construction européenne », qui a pris place à Sciences Po le 13 Avril 2012, avec les présidents des partis politiques de jeunesse

Wandrille Jumeaux pour les Jeunes Ecologistes – Les Verts
Thierry Marchal-Beck pour le Mouvement des Jeunes Socialistes
François-Xavier Pénicaud pour les Jeunes Démocrates
Yann Drevet pour les Jeunes Populaires
Cette conférence était modérée par Aurélien Caron, président des Jeunes Européens - France
Ce débat s’inscrivait dans une campagne où les questions autour de l’Europe ont été occultées, où seules les critiques ou les mises en accusations ont été avancées par les divers candidats. Il était plus que temps d’avoir un débat où l’Europe serait au centre des discussions afin que chacun ait à se positionner sur l’Europe qu’il souhaite voir venir. Comme l’a justement dit Aurélien, il faut que les partis fournissent « leur vision de l’Europe »

L’axe majeur du débat s’est focalisé sur la crise actuelle de l’Europe.
Sur l’arrivée de cette crise, les participants ont semblé s’accorder sur une origine extra-européenne. En effet, les Jeunes Populaires voient, dans cette crise de l’eurozone, une crise plus vieille, qui fut d’abord financière, puis économique et aujourd’hui, qui touche les dettes souveraines. Pour les Jeunes Ecologistes, cette crise proviendrait de l’absence de régulation dans le système « libéral » (capitaliste) actuel. Ce constat est pleinement partagé par les Jeunes Socialistes pour qui cette crise ne date pas d’il y a deux ans, mais de « quatre ans » (en référence à la crise des subprimes aux États-Unis).
Par ailleurs, les Jeunes Démocrates se sont fermement opposés à l’idée « ahurissante » qui ferait de l’Europe « la mer de tous nos maux ». Pour ces derniers, une telle pensée est évoquée par ceux qui ne souhaitent pas reconnaître leur part de responsabilité dans la crise.
Sur les bénéfices engendrés par la crise, les participants reconnaissent, comme l’ont dit les Jeunes Ecologistes, que la « crise a permis une évolution des consciences ». En effet, la Taxe sur les Transactions Financières, proposée par les altermondialistes, est aujourd’hui reprise par les institutions européennes de nombreux dirigeants en Europe.
Autre remarque générale : l’Europe a su « réagir ». Néanmoins, cette réaction ne suscite pas les mêmes analyses. Si pour les Jeunes populaires il s’agit d’une Europe qui a su évoluer, avec notamment les prêts de la BCE aux États membres, les Jeunes Socialistes y voient plutôt une Europe qui s’est adaptée dans l’illégalité des traités. Pour les Jeunes Populaires, le satisfecit va même plus loin puisque leur représentant dénote une "réactivité indéniable" et se félicite du plan de relance français qui aurait "servi d’exemple à d’autres pays européens". C’est oublié un peu vite que l’idée d’un plan de relance et de sauvetage du système bancaire est une idée anglo-saxonne (États-Unis et Grande Bretagne). Pour les Jeunes Populaires, ce plan fut à la fois équilibré et ambitieux. Mes connaissances en économie ne me permettent pas d’en tirer une appréciation positive ou négative. Pour autant, certains responsables politiques, Sylvie Goulard et Daniel Cohn-Bendit en tête, appelaient à un plan de relance européen de 500 milliards d’euros. On peut regretter que les États aient joué chacun une partition limitée de leur côté, plutôt que d’essayer de trouver une symphonie d’ensemble.

Toutefois, ce constat presque favorable, ne doit pas cacher les importantes lacunes qui demeurent. Les Jeunes Ecologistes regrettent que si la crise a fait changer les discours, elle n’a pas provoqué de changement dans les actes. Pourtant, il s’agit aussi d’une crise profonde de l’esprit européen. Pour l’heure, il persisterait un manque légitimité de ceux qui prennent décision, un manque de démocratie.
Par ailleurs, les Jeunes Démocrates regrettent que cette crise fut aggravée par un défaut d’anticipation, alors que de plusieurs experts avaient régulièrement tiré la sonnette d’alarme. Pire, ils remarquent qu’en dépit de la situation extrême dans laquelle se trouve l’Europe, celle-ci manque toujours autant de cohésion ! Cette remarque sévère se trouve malheureusement confortée par l’écrasement des hommes censés incarner l’Europe auprès des citoyens européens. Où sont les Barroso, Van Rompuy ou Ashton ? Une prise de parole dans ces moments difficiles aurait évité la cacophonie des dirigeants européens. Comme l’indiquent justement les Jeunes Démocrates, si dès le début de la crise, nous avions fait face à une cohésion forte, nous aurions pu sûrement éviter une crise d’une telle ampleur. Jamais les responsables politiques n’auraient du évoquer la possibilité qu’un pays puisse devoir quitter l’Union. Cela aurait pu être la France dans d’autres circonstances. Rappelons que la France et l’Allemagne ont longtemps fait du respect du pacte de stabilité une gageure.
Comment donc sortir de cette crise ?
Les Jeunes Ecologistes appellent donc à en finir avec le projet fondé sur la seule économie et de passer à un autre projet, une "Europe sociale et politique".
Les Jeunes Socialistes souhaitent un bond vers l’instauration d’une Europe "démocratique" tout de suite. La démocratie ne se construirait par "des petits pas", ne se négocierait pas "petit à petit". L’Europe doit être démocratique afin d’être légitime.
Les Jeunes Populaires ont rappelé que Nicolas Sarkozy s’était toujours engagé dans la sortie des crises qu’a pu traverser l’Union européenne. Il avait réussi à surmonter la crise institutionnelle, causée par le rejet par référendum du projet de "Traité établissant une constitution européenne" en étant l’un des principaux instigateurs du Traité de Lisbonne (et non le seul). Ce fameux plan B, évoqué à l’époque par des personnalités de gauche partisantes du Non, fut finalement un échec.
Avec la crise, Nicolas Sarkozy a milité pour la mise en place de nouveaux instruments propres à garantir. Les Jeunes Populaire se félicitent du Traité "historique" qui a été signé par 25 États. Pour eux, il existe trois principaux engagements à ce Traité qui permettent de dégager des pistes pour l’avenir : une meilleure gouvernance, une discipline budgétaire allant de pair avec une solidarité renforcée et une convergence économique et financière.

Pour autant, cette solution d’un nouveau traité est loin de faire l’unanimité. Les Jeunes Socialistes considèrent que l’Union essaie d’imposer aux États une règle d’or qui est avant tout une règle de plomb. En effet, ils estiment que sans les déficits publics, les pays européens seraient encore à l’âge de pierre. D’ailleurs, le candidat François Hollande souhaite une renégociation du Traité, ce qui fait dire aux Jeunes Socialistes "qu’en cas d’élection de François Hollande, le cours de la construction européenne changera radicalement."
Les Jeunes Démocrates regrettent plutôt que l’Union européenne ne dispose pas de réelles capacités de contrôles et souhaitent qu’elle se dote de mesures coercitives pour assurer l’application des Traités. En effet, ajouter une nouvelle règle plus exigeante, si elle n’est pas plus respectée que l’ancienne pourtant plus accessible, ne contribuera pas à rassurer les marchés.
Par ailleurs, la campagne a ressurgi au travers de cette thématique. En effet, les Jeunes Populaires voient dans l’inscription de la règle d’or dans la constitution française un moyen d’aider l’Europe. A l’inverse, les Jeunes Socialistes se sont fermés opposer à un "constitutionnalisme économique" car ils considèrent que pour que les dirigeants de droite et gauche puissent successivement gouverner l’Union lorsqu’ils sont élus, il ne faut pas figer une "doctrine économique".
Pour les Jeunes Populaires, mettre en avant l’absence de la croissance dans le Traité de discipline budgétaire cherche à occulter une réalité. En effet, tout le monde cherche à retrouver une croissance de l’économie. Invoquer "une non recherche de la croissance" consiste juste à adopter une "logique de bon samaritain". Il n’est pas forcément utile de toujours préciser les objectifs évidents.
Comment alors arriver à une Europe fédérale ?
Les Jeunes Socialistes veulent se tourner davantage vers l’Europe des peuples pour renouer avec le projet européen.Les Jeunes Ecologistes veulent en finir avec l’Europe des petits pas. Ils ont insisté sur le nouveau cap que devait se trouver l’Union. En effet, aujourd’hui, sur le continent européen, nous ne faisons plus face à la guerre, nous n’avons plus besoin de "reconstruire notre industrie". Il faut se tourner vers la recherche du plein emploi et du partage des richesses. Les Jeunes Populaires ont souhaité rappeler que c’était "Nicolas Sarkozy qui avait lancé la réforme du capitalisme et proposé la taxe Tobin" (sic)
Mais, pour les Jeunes Ecologistes, ces thématiques doivent être abordée de manière démocratique, c’est-à-dire par un "gouvernement fédéral et un parlement fort". Ils en appellent donc à un "nouveau modèle de société".

Plusieurs questions ont ensuite été posées aux participants. Mais, deux, particulièrement, ont retenu notre attention.
Fabien Cazenave, ancien rédacteur du Taurillon, a interpelé le panel d’intervenants pour connaître leur position sur :
Les citoyens européens devraient-ils avoir le droit de voter aux élections nationales françaises ?
Une nette césure a opposé les partis plus pro-européens, voire fédéralistes des Jeunes Ecologistes et Jeunes Démocrates aux partis plus intergouvernementaux.
En effet, pour les Jeunes Socialistes et les Jeunes Populaires, une élection présidentielle devrait continuer à reposer sur le principe de nationalité. On peut regretter que les Jeunes Socialistes qui militent pour un droit de vote des étrangers aux élections locales n’ait pas sur faire de parallèle avec le droit de vote des Européens aux élections nationales.
A l’inverse donc, les Jeunes Démocrates et les Jeunes Ecologistes approuvent pleinement l’idée d’un vote des Européens aux élections nationales.
Ne faudrait-il pas, notamment pour des raisons budgétaires, aller vers une diplomatie européenne ?
Là encore, on a vu apparaître une certaine différenciation.
D’un côté, les Jeunes Ecologistes et les Jeunes Démocrate regrettent l’état actuel de la diplomatie, mais souhaitent voir à l’avenir une diplomatie de plus en plus européenne.
De l’autre côté, les Jeunes Socialistes et les Jeunes Populaires manifestent un désir de voir une diplomatie européenne forte à l’avenir. Les Jeunes Populaires ont même insisté sur la nomination au Poste de n°2 de la Diplomatie européenne de Pierre Virmon, un Français, démontrant selon eux l’importance accordée par Nicolas Sarkozy. Néanmoins, la réalité est plus cruelle quand on se rappelle les conditions dans lesquelles se sont déroulées l’intervention en Libye ou la reconnaissance du Kosovo par exemple. De même, les Jeunes Socialistes demeurent très attachés à l’idée de pouvoir avoir sa diplomatie propre, rappelant notamment le cas de l’Irak. Toutefois, il faut rappeler qu’une union oblige toujours à adopter des positions qu’on ne partage pas forcément.
Une question a concerné plus particulièrement la campagne présidentielle actuelle puisqu’elle était adressée aux Jeunes Populaires par rapport à l’espace Schengen et au gel du budget européen.
Les Jeunes Populaires ont rappelé leur attachement à la construction européenne et leur opposition au gel du budget européen. Sur l’espace Schengen, ils ont mis en avant la naissance de l’espace Schengen en tant que "réussite intergouvernementale" et trouvent légitimes de protéger les frontières.
Il fut particulièrement intéressant de voir l’attachement profond des différents partis politiques à la construction européenne. Néanmoins, d’importantes nuances existent entre eux.
L’Europe fédérale n’est ardemment voulue que par deux d’entre eux et ces idées n’obtiennent l’adhésion que d’une petite minorité de la population.